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MAGAZINE LITTERAIRE

Michèle Gazier. TÉLÉRAMA
Enfants et bourreaux


Nombreux sont les écrivains contemporains qui, par devoir de mémoire plus que par militantisme, ont consacré des récits aux souffrances de leurs concitoyens. Littéraires, ces textes dépassent le cadre du témoignage circonstancié et douloureux pour rejoindre celui, universel, de la tragédie ou du drame. Citons pour exemple quelques romans dont nous avons déjà parlé et qui viennent de tous les coins du monde de l'horreur : Un nom de torero (éd. Métailié), le plus troublant des livres du Chilien Sepulveda, l'admirable Fantôme d'Anil (éd. de l'Olivier), du Sri Lankais Michaël Ondaatje ; Allah n'est pas obligé (éd. du Seuil), de l'Ivoirien Ahmadou Kourouma... Et, aujourd'hui, Luz ou le Temps sauvage, d'une nouvelle venue, Elsa Osorio.

C'est l'Argentine qui est au cœur du roman d'Elsa Osorio. Celle, violente, de la dictature militaire qui sévit là-bas de 1976 à 1983, il y a vingt ans ; mais aussi celle d'aujourd'hui, douloureuse, où des mères et des aïeules cherchent encore désespérément la trace de leurs enfants disparus après avoir été torturés par les officiers bourreaux d'hier... Luz, l'héroïne, a justement 20 ans. Elle arrive à Madrid avec son compagnon et leur fils pour y rencontrer un Argentin, un certain Carlos Squirru, émigré depuis la dictature militaire. Ce Carlos si distant qui lui répond au téléphone, qui accepte de la rencontrer dans un café, a fui l'Argentine, où sa jeune compagne a disparu il y a vingt ans, après avoir accouché, croit-il, d'un garçon mort-né dont il était le père.

En réalité, Luz est cet enfant. Elle l'a elle-même découvert à la suite d'une longue enquête. Et si elle a demandé à rencontrer Carlos, c'est pour le lui apprendre. L'histoire de Luz, qu'elle a réussi à reconstituer, c'est celle de ces nombreux bébés nés en prison, arrachés à leur mère torturée puis tuée, et donnés comme de petits animaux domestiques aux femmes ou aux filles des militaires massacreurs. Adoptée par la fille de l'un de ces puissants militaires tortionnaires, la jeune Luz n'a rien vu, rien su de ce qui se passait dans ce pays. Elle était du côté des forts et ignorait même qu'il y eût des opprimés. Jusqu'à ce qu'une certaine Miriam Lopez, prostituée, s'insinue dans son existence de petite fille modèle. Miriam sait tout d'elle. Elle risquera sa tranquillité, sa vie même pour lui dire la vérité sur ses origines.

Pas l'ombre d'un pathos dans ce récit où le lien de filiation qui unit Luz et Carlos est révélé dès les premières pages. Le propos d'Elsa Osorio n'est pas de nous faire pleurer sur les improbables et pourtant réelles retrouvailles entre un père et sa fille, mais de reconstituer, lentement, avec la précision quasi maniaque des historiens et des détectives, ce que furent les silences, les violences et les mensonges de ces années de dictature.

Le véritable tour de force de ce roman bouleversant et implacable réside dans l'écriture et la construction. Luz raconte à Carlos, laissant tour à tour la parole aux divers protagonistes du drame. Ainsi entend-on, dans un désordre chronologique maîtrisé, les voix de tous ceux qui, directement ou indirectement, ont joué un rôle dans cette longue histoire. Mais, pour nous ramener au présent - la rencontre entre la fille et son père -, le récit du passé est sans cesse interrompu, commenté, éclairé par Luz et Carlos. La diversité des points de vue, la multiplicité des histoires rapportées, les allers-retours permanents entre hier et aujourd'hui auraient pu gêner la lecture. Or le récit coule, lumineux, tragique, parfois drôle, tendre et sans complaisance. Et l'on s'abandonne au bonheur de ce roman lucide qui nous rappelle qu'il n'est de salut que dans la quête implacable de la vérité.

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Pascale Frey . LIRE
Une Argentine à la recherche de ses origines


Depuis que Luz ou le temps sauvage a paru en Espagne, puis en Argentine, Elsa Osorio a reçu des dizaines de lettres adressées à son héroïne. Il faut bien reconnaître que ce magnifique roman sonne si juste qu'on en oublie qu'il s'agit d'une fiction. Buenos Aires, dans les années 70: les militaires ont pris le pouvoir, ils arrêtent n'importe qui pour un mot prononcé contre le régime et surtout, crime atroce, ils emprisonnent des femmes enceintes, les tuent et volent leurs bébés pour les donner à des couples proches du régime. Non contents d'avoir commis un tel forfait, ils le justifient comme un acte de bien public en prétendant que ces enfants ne sont pas coupables d'avoir de tels parents, et qu'il faut les leur enlever pour les élever dans une morale occidentale et chrétienne.

On évalue à cinq cents le nombre de nourrissons arrachés ainsi à leurs mères. Trois cents connaîtraient leur situation et seulement soixante-sept leur origine, grâce au courage notamment des fameuses grands-mères de la place de Mai qui ont tout mis en œuvre pour retrouver ces petits-fils et ces petites-filles qu'elles n'avaient jamais vus. C'est cette histoire que nous raconte aujourd'hui Elsa Osorio à travers l'attachant personnage de Luz. Auteur de scénarios, de nouvelles et de biographies, elle s'est lancée dans cette entreprise romanesque en 1996, vingt ans exactement après le coup d'Etat.

En 1975, Liliana, prisonnière politique, accouche d'une petite fille. Dès sa naissance, celle-ci est confisquée et destinée à remplacer le bébé mort-né de la fille d'un dignitaire de la junte. Luz mettra des années à comprendre qu'elle a été enlevée et à découvrir qui étaient ses véritables parents. Sa mère a été tuée peu de temps après sa naissance, son père, qui vit en Espagne, ignorait même son existence. Alternant les souvenirs de Luz et les témoignages de proches, la romancière Elsa Osorio construit son récit de telle manière que même si l'on connaît déjà beaucoup de choses sur la jeune femme dès les premières pages, on découvre peu à peu le drame de son existence: ignorer quelles sont ses origines, mais découvrir surtout que les gens que l'on a aimés pendant des années collaboraient avec la dictature.

Elsa Osorio, qui vivait à Buenos Aires à la même époque, a vu beaucoup de ses amis disparaître. Enceinte, elle aurait pu elle aussi faire partie de ces mères sacrifiées. Aujourd'hui elle n'a rien oublié. Elle n'a eu besoin de faire aucune recherche pour écrire son livre.


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Pascale Haubruge - LE SOIR

Leurs mères jugées subversives, étaient captives, sous la dictature qu'a subie l'Argentine entre 1976 et 1983. Elles les ont mis au monde, puis ont généralement été volés puis offerts, à des familles, de militaires les plus souvent, proches du régime en place, ils ont grandi dans le mensonge, appelant papa et maman les complices du meurtre de leurs mères.

On parle beaucoup de la torture physique mais la torture d'être enceinte et de savoir qu'on va vous prendre votre bébé après l'accouchement doit être terrible! Les militaires ont traité ces enfants comme des objets, des trophées de guerre. De toutes les horreurs commises sous la dictature, c'est le crime le plus aberrant. C'est pour ça que j'en ai fait le sujet de mon roman, explique en interview Elsa Osorio.

Née en Argentine en 1952 et vivent à Madrid depuis plusieurs années, l'auteur a fait d'une enfant volée de disparu l'héroïne de " Luz ou le Temps sauvage " qui paraît aujourd'hui en traduction française aux éditions Métailié. C'est un roman poignant, essentiel à plus d'un titre. Une histoire à la trame narrative originale. Un des livres marquants de la rentrée littéraire étrangère.

Je ne connais pas Luz parce qu'elle n'existe pas. C'est un personnage de roman. Mais je connais très bien la lutte des grand-mères qui essayent de retrouver leur petits-enfants disparus sous la dictature alors que leurs enfants, également disparus, étaient en prison. Je me suis demandée a ce qui arriverait à un enfant volé que personne ne cherche.

D'où la jeune femme en quête d'identité du roman d'Elsa Osorio. Sa mère a été assassinée par les militaires en 1976, quelques jours après sa naissance. Ses faux parents l'on nommée Luz. Un nomme qu'elle aime, comme ella aime a celui qu'elle continue à appeler son père.

Ledit père a été assassiné par-ce qu'il voulait savoir, connaître l'origine réelle Luz - cette si belle enfant qu'un beau-père militaire et tortionnaire lui a ordonné d'adopter pour remplacer un fils mort-né…Elsa Osorio est nuancée. Elle confie son roman à diverses voix.

Miriam, prostituée pour hauts gradés de la dictature, qui s'est prise d'amitié pour la vrai mère de Luz, quelques jours avant l'assassinat de cette dernière. Eduardo, le faux père de Luz, pris au piège d'un geste qu'il n'a cessé de regretter. Carlos, l'autre père de Luz, que sa fille finit par retrouver. Et Luz bien sûr, belle enfant volée devenue jeune mère en quête d'elle même…Les personnages principaux du roman ont chacun droit à leur temps de parole. Elsa Osorio consigne leurs doutes, leurs bonheurs aussi.

Usant d'un présent permanent, l'écrivain propose au lecteur des plongées dans l'histoire de Luz et de l'Argentine. Son roman dévoile progressivement crimes et mensonges, rencontres et tendresses. Il progresse comme une enquête, sans avoir à aucun moment la sécheresse d'un compte rendu policier.

Je voulais présenter un éventail de personnages. Pas écrire un roman sur les bons et les méchants, les militants et les tortionnaires, mais voir ce qui s'est passé dans la société sous la dictature et après. D'où Miriam et Eduardo, des personnages qui ne réagissent pas pour des questions idéologiques mais humainement, en fonction de leurs sentiments.

En écrivant " Luz ou le temps sauvage " Elsa Osorio cherchait avant tout à faire un roman. Son but premier était littéraire, même si elle espérait aussi faire connaître l'histoire des enfants volés au-delà des frontières de l'Argentine. Elle serait aussi heureuse si la lecture aidait quelque enfant volé à trouver le courage de chercher ses origines.

A un moment de son récit, l'auteur présent l'Argentine comme un pays amnésique . L'est-il encore à ses yeux ? Ce n'est pas vrai pour le premier mais l'attitude du deuxième gouvernement d'après la dictature a été l'oubli total, l'amnistie pour les tortionnaires. La société a eu ensuite de moins en moins conscience de ce qui s'était passé sous la dictature.

Aujourd'hui c'est différent. Il y a " le jugement pour la vérité ". On ne peut pas punir les militaires mais on a le droit de savoir ce qui s'est passé avec les disparus. La lutte des mères et grands-mères de la place de Mai continue. Les gens sont de plus en plus conscients. Les jeunes, surtout, veulent savoir.

Des jeunes Argentines qui ont lu avec passion le roman d'Elsa Osorio. Beaucoup ont été très touchés. Des enfants de disparus m'ont écrit des lettres impressionnantes. Une fille a notamment écrit une lettre à Luz comme si elle existait. Mais il y a aussi des gens qui refusent d'ouvrir mon roman parce qui soit lié à la dictature. D'autres reconnaissent qu'ils ont été aveugles pendant longtemps.

C'est dans ce contexte qu'il faut soupeser les six mois de retard qu'a pris, par rapport à sa parution en Espagne fin 1998, l'édition en Argentine de " Luz ou le temps sauvage " Au début, les maisons d'éditions disaient que le sujet n'étaient pas à la mode, pas historique!
Elsa Osorio brise un tabou, lace dans la marre des impunités un pave de choix. Il faut lire son roman pour cela. Pour mieux comprendre la nature des crimes de la dictature argentine. Mais il faut aussi, et avant tout, le lire pour ce qu'il es : un roman magnifique, humainement et littérairement. Un récit prenant porté par une narration multiple qui jamais ne s'essouffle. Une histoire de courage, d'émotion, de quête identitaire. Une livre à ne surtout pas rater.

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Sylvie Santini .PARIS-MATCH
Du Sang sur l'identité

- Cette histoire d'enfant vole par les tortionnaires argentins, est-ce la vôtre?
- J'ai travaillé à partir de témoignages. Mais mes personnages sont composites. Aucun ne correspond à un individu particulier, et néanmoins tous auraient pu exister. Des gens m'ont d'ailleurs affirmé qu'ils avaient reconnu untel ou untel dans la Bête, tortionnaire buté, ou dans son supérieur Dufau. Ce dont je suis sûre, en tous cas, c'est que pendant les trois années qu'a duré la rédaction de ce livre, je vécu dans la peur quotidienne que je ressentais à cette époque-là.

- Etiez-vous vous-même une "subversive", comme disaient les militaires?
- Mais tout le monde l'était à leurs yeux! Mois, je militais, tout en condammant la lutte armée. Je préfère, d'ailleurs, même vingt-cinq ans après, ne pas parler de mon cas. Il se trouve que je suis en vie, j'aurais aussi bien pu disparaître, comme tant d'autres. Il suffisait d'être étudiant ou religieux pour figurer dans des listes de subversifs. Les militaires s'étaient arrogé sur la population le droit de vie et de mort. Et, à la torture physique, ils ajoutaient la cruauté mentale qui consiste à arracher leurs bébés à de jeunes prisonnières accouchées pour les distribuer comme cadeaux à l'entourage.

- D'où sort Miriam, la putain au grand cœur qui aidera Luz à faire la lumière sur ses origines ?
- Je voulais montrer que tout le monde avait une chance de se comporter convenablement. Miriam est une femme fruste, un peu inculte. Au départ, elle est complice des vols d'enfants parce qu'elle ne sait rien de l'injustice infligée aux mères emprisonnées. Elle croit le discours officiel qui parle de guerre civile et de patrie en danger. Lorsqu'elle comprend, elle se bat avec ses tripes pour faire triomphé la vérité.

- On dit souvent que l'Argentine est le paradis des psychanalystes…Il faut reconnaître qu'avec de tels handicaps beaucoup de jeunes doivent être un gibier de choix pour le divan ! Comment assumer une identité volée à la naissance ?
- Beaucoup de jeunes refusent même de pratiquer les teste ADN que leur permet la loi. Peut-être ont-ils peur d'avoir un jour à détester ceux qui les ont élevés. On estime à 500 le nombre d'enfants dans ce cas, dotés d'origines falsifiées et sanglantes. Mais ils sont peut-être bien davantage. Depuis la sortie du livre, en tout cas, beaucoup de gens sont venus me raconter des histoires de ce genre, qu'ils n'avaient jamais osé confier à personne.

- Comment votre livre a-t-il été accueilli en Argentine ?
- Les éditeurs de Buenos Aires n'en ont pas voulu au début : ce n'était pas un "thème historique intéressant ". C'est après son succès en Espagne qu'un éditeur mexicain l'a publié pour tout l'Amérique latine. Mais beaucoup de journaux argentins ont préféré ne pas en parler. On m'a reproché d'avoir choisi un tel sujet. Les militaires nous ont coupés d'une partie de notre passé. J'aimerais vivre de nouveau dans mon pays, mais je ne m'y sens pas encore à l'aise, même si j'y puise mon inspiration, à chacun de mes voyages.


- Avez-vous bon espoir dans le processus à la Pinochet en cours dans votre Pays ?
- J'ai la chance de vivre en Espagne au moment où les choses bougent : le juge Garzón a lancé 48 mandats d'extradition. Deux militaires aventurés hors du pays ont été arrêtes cet étè, l'un à Rome, l'autre au Mexique…Parallèlement, la sortie du livre a rendu l'espoir : comme si le courage de Luz, mon héroïne, m'avait contaminée !

- Etes-vous devenue une justicière, comme les mères ou les grand-mères de la place de Mai ?
- Ces femmes ont fait un travail formidable. Ce sont elles qui ont résisté dans notre pays. Mais, moi, je suis avant tout écrivain. Je n'ai pas écrit un pamphlet, mais un roman. Et je travaille actuellement à mon prochain livre, qui concerne aussi l'Argentine, mais à une époque, celle du tango et de l'anarchisme. Il s'agira encore d'une histoire d'identité.

- L'identité, sempiternel problème de l'âme argentine…
- Mais oui, puisque selon la formule consacrée, nous " descendons tous du bateau ", c'est-à-dire d'ancêtres inmigrants !

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Philippe Nourry.LE POINT

A la terrasse d'un café madrilène, Luz, jeune mère de famille argentine, débarquée le jour même en Espagne, va faire la connaissance de son père véritable. C'est là une de ces situations pathétiques qu'engendra, sous la dictature militaire argentine, le drame, des enfants volés à leurs parents naturels pour être confiés à des familles " bien- pensantes " en quête d'adoption. Ce drame qui semble d'un autre temps, étendu sur vingt ans, recoupé par la polyphonie des voix qui le racontent et que sous-tend le dialogue père fille des retrouvailles, et fort bien maîtrisé par l'auteur. L'Argentine Elsa Osorio - écrivain, scénariste, Prix national de littérature, enseignante à Madrid - signe là un roman-témoignage d'une remarquable efficacité dont on s'arrache le cœur en charpie.

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Frédéric Tinguely .LE TEMPS

Une jeune femme née à Buenos Aires à l'époque de la dictature est parvenue à faire la lumière sur ses véritables origines : comme tant d'autres, elle a été arrachée dès sa naissance à une mère " subversive " sauvagement assassinée par la Junte militaire. A une table d'une café madrilène, elle évoque pour son père - qu'elle rencontre pour la première fois - l'incroyable enchevêtrement des faits qu'il lui a fallu démêler afin de percer le secret de son identité. Dans un style sobre, sans pathos ni fioritures déplacées, Luz, ou le Temps sauvage (A veinte años Luz, 1998) explore les mécanismes pervers à l'œuvre en Argentine à partir de 1976 : plus encore qu'aux atrocités perpétrées par les forces répressives, Elsa Osorio s'attache aux mensonges coupables, aux mémoires courtes, aux silences complices. Grâce à une technique narrative des plus efficaces, elle parvient à tisser un trame extrêmement complexe et pleinement maîtrisée. A l'instar de l'héroïne en quête de vérité, le lecteur repère des signes. Interroge des non-dits, entrevoit des convergences troublantes. En un mot : il s'implique.

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Claude Mary .LIBÉRATION


Lumière sur une histoire d'ombres
Pour parler des enfants volés sous la dictature argentine, Elsa Osorio a choisi le "chemin oblique" de la fiction. A Madrid, la jeune Luz a donné rendez-vous à un exilé, Carlos. Pour lui s'ouvre un abîme. Celui de son passé de militant, du souvenir de sa compagne enceinte, torturée, devenue une des trente mille "disparus". Luz "s'est acharnée à faire la lumière sur cette histoire d'ombres". Le dialogue entre Carlos et celle qu'il découvre être sa fille éclaire peu à peu l'inextricable.Osorio entraîne le lecteur dans le puzzle des années 70: militaires chargés de "purifier un pays", familles complices fermant les yeux sur un nouveau-né tombé du ciel, et, hantées, les familles des victimes. C'est par la prise de conscience d'une ex-prostituée que la narration progresse. Mais il faut l'obstination de Luz pour lutter contre l'enchevêtrement de mensonges, et s'arracher à ce terrible destin: "disparaître en restant en vie". "Et toi? tu sais qui tu es?", interroge aujourd'hui en Argentine la campagne des grands-mères de la Place de Mai à la recherche de dizaines d'autres Luz. Récemment, en Italie, où des militaires argentins sont au banc des accusés, on a demandé à Elsa Osorio de faire venir au procès la protagoniste de son roman.

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Véronique Rossignol. LIVRES HEBDO
Osorio a osé


Certes, le première livre d'Elsa Osorio traduit en français est un roman : " L'histoire et des personnages sont inventés ", précise l'auteur. Néanmoins, la ressemblance frappante avec des faits réels n'est ni fortuite, ni involontaire. Et l'histoire n'est bien sûr que plus terrible.

Luz a vingt ans en Argentine à la fin des années 90 : à la naissance de son fils, elle est saisie d'un doute fou. Si ses parents n'étaient pas ses véritables parents, si elle était la fille de " desaparecidos " (disparus). De ces bébés dont les parents ont été assassinés pendant la dictature militaire et qui ont été " adoptés " par les tortionnaires. Ceux dont on a perdu la trace aux premières heures de leur vie quand leur mère, prisonnière politique, a été inscrite, sur le point d'accoucher, dans les registres d'une maternité sous l'initiales NN : Nomen Nescio, je ne sais le nom…Dans la réalité, on estime que plus de cinq cents enfants auraient ainsi été kidnappés au milieu des années 70 par les responsable de la répression. Obsédée par cette intuition, Luz entreprend une véritable enquête pour connaître ses origines. La narration très efficace donne au récit une allure de polar, alerte et prenant, d'autant que la neutralité de style, l'écriture sans effet, laisse toute la place à la reconstitution des faits.

Née en 1952, Elsa Osorio qui a vécu ce " temps sauvage " de l'histoire de l'Argentine contemporaine, a choisi de se placer non du côté de ceux qui recherchent leurs proches disparus comme ces Grands-Mères de la Place de mai qui, depuis 1977, se sont organisées pour connaître le sort de leurs enfants et petits-enfants, mais bien du point de vue des enfants volés, que leur familles ont cru morts, et que par conséquent personne ne cherche.

Dans cette histoire, tous les protagonistes sont à la fois ordinaires et monstrueux : Mariana et Eduardo, les parents adoptifs, Alfonso, le grand-père militaire, le général tortionnaire, et sa femme Amalia, le frère d'Eduardo, Javier et sa femme Laura et surtout Miriam, la compagne d'un exécuteur de basses œuvres. Cette femme complexe et attachante, qui a fait à une prisonnière la promesse de veiller sur son enfant, est la seule à connaître toute la vérité sur la naissance de Luz. Le personnage d'Eduardo, le père adoptif porte quant à lui tout le poids de la culpabilité, celle d'avoir accepté un enfant qui n'était pas à lui, de ne s'être pas posé aucune question sur le sort de la mère de cet enfant, d'avoir menti à tout le monde… " Il sent maintenant combien lui fait mal tout ce qui s'est passé dans son pays et devant quoi il a gardé les yeux obstinément fermés " Face à cet homme rongé par la mauvaise conscience et le remord, sa femme Mariana et le père de celle-ci restent campés sur leurs certitude, sûrs de la justice de leurs convictions. Pourquoi en douteraient-ils d'ailleurs puisque le général sera blanchi dans le roman par la loi dite "d'obéissance due", un texte qu'ils s'étaient contentés d'obéir aux ordres.

Pour rendre compte de la barbarie au quotidien, la romancière ne charge pas son récit de détails - elle ne s'appesantit pas par exemple sur les descriptions de tortures-, de même, elle n'insiste pas sur la dimension idéologique et politique de la lutte, préférant mettre l'accent sur les motivations psychologiques et sentimentales (l'amour conjugal, filial).

A la terreur, succédant parfois le silence et l'amnésie. Elsa Osorio qui vit en Espagne depuis plusieurs années reconnaît que son roman, sorti en juillet 1999 en Argentine, " a posé quelques problèmes car c'était le première livre à aborder ces sujets et la société argentine a encore beaucoup de secrets ". " Il y a des choses qu'il ne faut jamais oublier et pour cela, il faut les écrire " , insite-t-elle. C'est sans doute pour cela que ce roman aparaît contre toute attente comme un livre de libération et d'espoir.

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Christoph Tison.COSMOPOLITAIN


Il paraît que Luz, l'heroïne de ce roman, a reçu des milliers de lettres depuis que le livre est devenu un best-seller en Espagne. Normal. Luz est tellement vraie qu'on a envie de lui écrire. La tendre Luz, enlevée quand elle était bébé. Separée de sa mère en 76, alors que les militaires étaient au pouvoir et emprisonnaient les opposants politiques. Y compris les femmes encintes. Les mères mouraient au prison, et les nourrissons étaient confisqués, puis donnés à des dignataires de la junte que ne pouvaient pas avoir d'enfants. Un horreur que Luz apprendra bien plus tard. Elle cherchera alors ses vraies parents et découvrira que ceux qu'elle a tant aimés étaient complices des tyrans. Ce qui fait " vrai " c'est le personnage, et l'Histoire : on estime que 500 bébés ont été ainsi enlevés. Mais c'est surtout la construction : un mélange de souvenirs de l'heroïne et des témoignages de proches. Comme une sorte d'enquête. Le roman le plus saisissant du mois.


Maïa Bouteillet.LE MATRICULE DES ANGES

A la fin des années 80, Elsa Osorio écrit des nouvelles, des scénarios parfois des articules dans différents magazines d'actualité où elle évoque, sous couvert d'humour, des tabous qui n'ont pas l'heur de plaire aux autorités argentines comme la question des morts et des disparus. La démocratie et alors tout juste de retour après sept années noires (1976 -1983) sous la botte du général Videla. Aujourd'hui neuf ans après son installation en Espagne, où elle enseigne la littérature, la romancière adresse une piqûre de rappel à ses compatriotes sous la forme d'un roman. Luz où le temps sauvage -on préfère la sobriété du titre original. A veinte años, Luz- à paraître dans une vingtaine de pays et dont on hésite à dire qu'il est trépidant, vu le sujet : le vol systématique des nouveau-nés aux détenues politiques pendant la dictature. L'École mécanique de la marine de sinistre mémoire - un des principaux centres de torture- cachait même une maternité clandestine. Sitôt leurs enfants nés, les mères étaient exécutés et les bébés adoptés par des bonnes familles. Environs six cents enfants auraient ainsi changé d'identité. Plusieurs cas ont déjà été prouvés grâce au combat des grands-mères de la place de Mai -ou " folles de la place de Mai "- appelées ainsi parce qu'elles réunissent régulièrement sur cette place où se trouve le siège du pouvoir pour réclamer la vérité sur les disparus (elles ont crée une banque de sang où se pratique des analyses du patrimoine sanguin). Dans le roman -le premier à traiter de la question- c'est Luz une jeune femme, devenue mère elle-même, qui entame des recherches sur ses origines alors que personne ne la réclame. À son vrai père, qu'elle retrouve en Espagne, elle révèle petit à petit toute l'histoire…
Elsa Osorio remporte le pari a priori saugrenu de traduire set épisode douloureux de l'histoire de son pays en roman grâce une grande maîtrise des dialogues -où les voix du passé et celles du présent s'entrecroisent- grâce aussi à l'efficacité de la structure narrative. C'est l'amour qui donnent aux personnages la force d'agir comme si, vingt ans après la violence et le désespoir, des sentiments plus heureux pouvaient reprendre le dessus. À l'image presqu'apaisée du prénom de la jeune héroïne, Luz qui signifie, lumière. Un roman qui tiennent le lecteur en haleine de bout en bout et sort du même coup le combat qu'il porte de l'ombre.

Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture de ce roman ?
On connaît en Argentine la lutte des " grands-mères de la place de Mai ". Je me suis demandée ce qui se passerait pour les enfants que personne ne recherche. Certaines familles n'ont pas su que leur fille (ou fils) en clandestinité attendait un enfant…Vingt ans après, j'ai constaté combien le secret pèse encore sur ces événements. J'ai pris beaucoup de notes, je me suis replongée dans le passé.

Quelle était votre situation à cette époque ?
En 1976, j'avais 24 ans, je vivais à Buenos Aires. Ce n'est pas un roman autobiographique, je n'ai pas été en camp de détention, sinon je ne serai pas vivante aujourd'hui. Mais certains de mes amis forcément être dans la lutte armée pour être suspecté de subversion, les arrestations tenait parfois du hasard. Du point de vue de l'arbitraire, c'était une dictature assez folle, la peur quotidienne. Tous ceux qui étaient en fac de psychologie, sociologie, philosophie, en lettres ou proches de ces milieux d'emblée soupçonnés. C'est pas pour cette raison que le roman ne parle pas d'un groupe précis. Beaucoup de gens voulaient changer la société. A cette époque, on n'a pas su ce qu'il en était pour les enfants des disparus, c'est très angoissant d'être enceinte au milieu de toute cette violence. Ce n'est qu'avec le recul et la distance que j'ai pu réfléchir et écrire librement.

Vivre à Madrid vous a aidé ?
Je crois que je n'aurais pas pu l'écrire en Argentine. Là je me suis sentie très libre. C'était un roman difficile à construire. Vu le sujet, le risque était grand de tomber dans le mélo où dans le pamphlet politique contre la torture. C'est pour cette raison que j'ai eu recours à différents narrateurs, pour cerner le sujet de différents endroits. C'est ne pas simplement une histoire de bons et des méchants : tous ne sont pas coupables de la même manière. Miriram, la prostituée, évolue considérablement. Au début, elle ne voit rien de la situation de son pays, elle est ignorante, sans conscience politique puis, quand elle découvre la réalité, elle réagit en héroïne, de façon très inattendue. Je l'aime beaucoup se la principal voix a la première personne.

Eduardo le père adoptif, est complice par faiblesse puis il va finalement se réveiller jusqu'à trouver la vérité, au risque de sa vie. La question centrale semble être celle de la vérité et le rapport que chaque personnage entretient à celle-ci, comme le suggère le prénom de la jeune héroïne, Luz qui veut dire lumière ?
La lumière, oui par opposition à l'ombre, au secret, au mensonge. Eduardo , il sait que ce n'est pas bien mais il ne veut pas savoir. Il est emblématique de beaucoup de gens en Argentine, qui encore aujourd'hui préfère reléguer cette histoire à l'oubli. Au contraire, Mariana -la mère adoptive qui est aussi la fille de l'un des principaux tortionnaires -on voit que si elle avait su elle aurait fait exactement la même chose. C'est la part féminine de cette idéologie. Tout ce qui ressort de la sensualité de la vie luit fait horreur : la danse, les premières amours, etc., tout est mal. C'est une idéologie de mort, de négation, tout est interdit. Je voulais montrer que derrière les militaires, les tortionnaires au pouvoir, il y avait aussi des femmes de gens " normaux ", de la vie civile, qui mettaient dans le même sac, sous l'étiquette " ennemie " : les homosexuels, les drogués et les subversifs. Étaient considérés comme subversifs tout ceux qui ne pensaient pas comme eux. Avec le personnage de la Bête, je voulais montrer comment ces hommes ont pu agir en toute impunité ; il attend l'accouchement de Liliana comme si l'enfant était déjà à lui, il se l'était déjà approprié. Une fourrure, une objet, un bébé, c'était pareil ; ces enfants étaient considérés comme des objets. C'est le personnage qui m'a posé les plus de problèmes, j'avais beaucoup de mal à imaginer comme lo faire parler et dès le début il m'a dégoûté, j'ai toujours voulu le tenir à distance, à la troisième personne.
Je n'ai pus pas non plus pris la voix de Liliana, la mère disparue, parce qu'en me mettant dans sa peu, je risquais de me laisser emporter par l'haine. C'est pour cela que lorsqu'elle raconte les sévices dans le camps de rétention, Miriam se met à chanter, comme par protection, par pudeur. Et pour moi c'était aussi une manière de montrer que l'horreur avait tout contaminé -c'est l'ombre qui pénètre la lumière-même ces moments de tendresse avec un bébé. D'ailleurs la radio était souvent poussée à fond pendant le séances de torture.

Votre livre est-il paru en Argentine ?
Au début, il y a un an et demi, les maisons d'éditions espagnoles en Argentine étaient très réticents. On m'a dit que le sujet n'intéressait personne. Ce qui était assez paradoxal puisque la mode à cette époque était justement au roman historique, mais seulement jusqu'au dix-neuvième siècle. Vous imaginez, les enfants volés, m'a-t-on dit, c'est ne pas l'histoire ?! Et puis, vu le succès en Espagne, le livre a été publié. C'est le premier roman sur ce sujet, pourtant on ne parle beaucoup puisqu'il y a eu des procès. La loi d'amnistie exclut les appropriations d'enfants. Depuis 1996, quinze personnes ont d´jà été jugées pour ce motif. Il a été démontré qu'ils agissaient selon un plan systématique. Ce qui a changé c'est l'attitude des juges mais quelque chose bloque encore au sein d'une bonne partie de la société.

Justement, comment le public argentin a-t-il réagi ?
Les réactions des jeunes m'ont beaucoup émue. J'ai été invitée pour le lancement dans la province du Tucumán, où près de 4000 personnes sont mortes sous la dictature et jusqu'à il y a peu, c'est un ancien tortionnaire qui était gouverneur. Des jeunes gens de l'association " hijos " (les fils) m'ont lu la lettre qu'ils ont écrite à Luz. D'un coup j'ai réalisé que mon personnage fictif, pouvait représenter un exemple, qu'il prenait vie. Je n'avais pas pensé, en écrivant, que Luz a choisi son destin alors qu'elle aurait pu rester tranquillement dans son existence bourgeoise.

Votre livre rend hommage à ceux qui se battent pour la vérité.
Avant, il n'y avait pas d'enfants qui cherchaient. Au moment où le livre est paru, il y a eu un cas. Pour moi, ces enfants sont des disparus vivant, ils sont en vie, mais ils ignorent leurs origines. En allant en Argentine récemment j'ai senti une sorte de réveil des jeunes. J'ai rencontré une fille qui fait pratiquement les mêmes démarches que Luz, j'ai beaucoup rencontré les grands-mères, je vais beaucoup sur le site web et je collabore à une association des droites de l'homme. La sortie du livre a déclenché un flot de récits ; beaucoup de gens m'ont contactée. Je voulais être complètement libre pour l'écriture, et finalement la fiction a rejoint la réalité. Il y a encore des silences que je ne comprends pas. Plusieurs intellectuels argentins qui m'étaient proches ne disent rien. Il y a des librairies où le livre n'est pas exposé, alors que ce n'était pas le cas pour mes livres précédents.

Pourquoi avoir fait un roman de cette histoire ?
Parce que je suis écrivain, c'est la littérature qui m'intéresse. C'est vrai que la technique de suspense que j'ai employée est inhabituelle pour ce genre de sujet mais je voulais aussi faire connaître cette histoire en dehors de mon pays, à des gens qui n'ont pas nécessairement de connaissances politiques. Vous remarquerez que tous les personnages ont la possibilité d'agir, c'est un choix délibéré de ma part pour sortir de cette impression d'échec. Pendant longtemps on a tenté d'oublier. Moi, je crois au contraire qu'il y a des blessures qu'il ne faut pas oublier. Mon personnage m'a permis de reprendre espoir. Pendant deux ans et demi, c'était une véritable obsession, je vivais avec mes personnages tous les jours. Cette histoire de vol de bébés, d'identité aurait pu être un scénario de feuilleton télé sentimental -les Argentins et sont friands. Or c'est l'histoire de mon pays, c'est mon histoire, celle de ma génération. La dictature a changé notre vie à tous. Toute cette culpabilité larvée que je ressentais quand je voyageais en Argentine s'est confirmée à la parution. Partout où je vais on me raconte des histoires d'enfants volés. La vérité fait du bien. La littérature aussi.

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Jean-Marc Laherrere. MAUVAISES GENRES.LECTURES
Le passé revisité des enfants volés d'Argentine

Luz est argentine, elle est née en novembre 1976, son père est mort alors qu'elle avait 7 ans, et elle est la petite-fille d'un militaire qui a participé à une guerre difficile contre les "ennemis intérieurs", les "subversifs" durant toute la dictature. C'est du moins ce qu'on lui a raconté, jusqu'à ce qu'elle se mette à douter, et à se demander si elle ne fait pas partie de ces enfants, nés en prison, qui ont été donnés à des familles de militaires, alors que l'on torturait puis assassinait leurs parents. Ces enfants que les grand-mères de la place de Mai recherchent pour les rendre à leur vraie famille et leur rendre leur histoire.
Un livre éprouvant, qu'on est obligé de poser de temps en temps pour sortir respirer un peu d'air, et se dire qu'on est à l'abri de toute cette saloperie, de tant de haine, de bêtise, de morgue, de mépris pour la vie humaine. Mais qu'on retourne lire, la gorge serrée, les tripes nouées, ne serait-ce que pour suivre Luz jusqu'au bout. Le dégoût, la honte de Luz quand elle se rend compte de qui est celui qu'elle prend encore son grand-père ; la peur de ceux qui ont été arrêtés, torturés, même des années après ; l'aveuglement, l'égoïsme monstrueux et pourtant si humain et fréquent de tous ceux qui n'ont pas voulu voir, qui n'ont pas voulu savoir, et qui continuent à nier ; on prend tout ça de plein fouet, et on n'en sort pas indemne. Un livre noir, où le personnage de Luz (lumière en espagnol) la bien nommée apporte heureusement un rayon de lumière et d'amour, dans un monde de ténèbres. Un livre dur, qui bouleverse, sans pour autant sombrer dans le mélo ou la larme facile. A lire, mais attention aux âmes sensibles.

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Odile Montaufray .VOX LATINA

Luz, personnage central du roman bouleversant d'Elsa Osorio, prête sa voix aux enfants volés sous la dictature militaire : un cheminement tragique de l'ombre vers la lumière.

La romancière argentine, Elsa Osorio, racontait récemment avec une émotion contenue comment, lors de la présentation de son livre à Tucuman (Argentine), ville dans laquelle vivraient encore d'anciens tortionnaires, une fille de disparus avait lu publiquement une lettre à Luz, comme si celle-ci avait réellement existé...

C'est dire la force, l'authenticité de ce personnage de fiction qui n'en est pas vraiment un, enfant volé pendant les sombres années de la dictature argentine (1976-1983) dont le roman va raconter la remontée difficile, douloureuse et opiniâtre vers les origines.

Le récit commence en 1998 quand Luz, jeune femme de vingt ans - c'est le titre original du roman , A veinte anos, Luz - , débarque avec son mari et son fils, à Madrid avec l'espoir immense, après de longs mois d'enquête, d'y retrouver son vrai père, exilé en Espagne.

Des terreurs anciennes et inoubliables

Car Luz a connu le destin tragique de ces enfants kidnappés à la naissance ou en bas âge, " objets, butin de guerre " dont l'appropriation faisait partie d'un plan systématique mis en place par les militaires en mal d'enfants. Volée à sa mère, détenue politique montonera sommairement exécutée, Luz a été " donnée " à Mariama, fille d'un haut-gradé, tortionnaire responsable de la répression.

Elevée dans un milieu favorable au régime militaire, Luz n'en connaîtra pas moins en grandissant des doutes sur ses origines, qui se confirmeront et l'entraîneront dans une enquête semblable à celle des Grand-Mères de la place de Mai.

Elsa Osorio réussit dans ce roman magnifique, avec un art consommé de la narration, à construire un récit palpitant apparenté au roman policier, qui tiendra le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.

Elle brosse des portraits tour à tour terrifiants - comme celui de la Bête, sergent de l'horreur banalisée, qui part quotidiennement à son " bureau " pour torturer ses victimes - ou émouvants, comme celui de la belle Miriam, prostituée au grand cœur qui conduira Luz sur les traces de son passé.

Basée sur une structure complexe dans laquelle les différents temps du récit, et les points de vues s'entremêlent, l'intrigue se construit et se referme progressivement sur un lecteur pris au piège de cette toile d'araignée narrative, plongeant avec effroi, guidé par Luz, dans ces années noires de l'histoire argentine. Car si Luz est une fiction, le roman, construit à partir de faits bien réels, prend appui sur l'Histoire. Ce sont sept années de peur et de tortures dans les camps de détention, comme celui tristement célèbre d'Olmos qui sont évoquées ici...

Elsa Osorio, qui réside à Madrid depuis 1992, avait 23 ans en 1976 et a connu ce climat de terreur instauré par le Général Videla qui, encore aujourd'hui, la fait frémir quand elle doit retourner dans certains endroits de l'Université de Buenos Aires. Ancienne opposante à la dictature, elle sait communiquer à son lecteur, sans jamais tomber dans la complaisance, des terreurs anciennes qui ne s'oublient pas.

En donnant une voix à ces enfants volés, inversant la perspective habituelle des " Grands-mères ", l'auteur ouvre aussi la réflexion et le travail de mémoire sur les années de dictature, à peine amorcés en Argentine et plus que jamais au cœur de l'actualité.

Rappelons que le poète argentin Juan Gelman (Prix Juan Rulfo 2000), dont l'épouse, enceinte, et le fils ont " disparu " en 1976, vient tout juste de retrouver sa petite-fille, localisée à Montevideo. Rappelons encore que l'église argentine a demandé, en septembre dernier seulement, pardon pour ses " péchés " commis sous la junte milita taire...

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VSD


Sélectionné pour le Femina étranger, ce roman d'Elsa Osorio est aussi dérangeant qu'émouvant. Son héroïne, une jeune Argentine, réussit à retrouver son père, réfugié en Espagne. Ça n'était pas gagné d'avance. À sa naissance, elle était arrachée à sa mère enfermée dans les geôles de Buenos Aires et confiée à la fille d'un militaire de haut rang.

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A.C.TRIBECA


Qui êtes vous?
Née dans les années 50 en Argentine, Elsa Osorio publie Luz ou le temps sauvage, un roman sensible sur le sujet encore brûlant des bébés volés sous la dictature. Au lendemain du régime, en 1982, elle tient une rubrique dans un journal à gros tirage où elle se moque du discours des hommes politiques. Sa finesse lui vaut le prix de Journaliste d'humour, malgré la censure. Installée a Madrid depuis quelques années, elle est professeur de Lettres et travaille pour la Ligue des Droits de l'Homme. Aidée du juge Garzón (chargé de l'affaire Pinochet), elle milite pour l'abolition des lois d'amnistie visant à protéger les militaires de leurs crimes commis sous la dictature. Seul le vol des bébés est passible de justice en Argentine. Elsa Osorio n'a pas vécu le vol de son enfant, mais elle était enceinte en 1978. Sous la Dictature. Écrire son roman vingt ans après, fut un exutoire. " La peur est revenue en écrivant mais j'ai éprouvé un grand soulagement lors de la publication " Elle précise qu'elle n'aurait sûrement pas pu écrire cet ouvrage dans son pays natal, mais qu'il reste un moyen de rétablir la justice par le biais

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FNAC.COM


La sélection des adhérents Rentrée littéraire 2000
Une quête d'identité qui a pour toile de fond les exactions de la dictature argentine. Un témoignage bouleversant. Un roman passionnant comme un thriller.

La quête de l'identité, thème romanesque s'il en est, prend une résonance particulière dans certains pays d'Amérique latine comme l'Argentine où dans les années soixante-dix, sous la dictature, les militaires ont mené une répression sanglante contre toute forme d'opposition. Il y a peu de familles aujourd'hui encore qui ne comptent dans leurs rangs un disparu, un père, un frère, un fils ou un mari, enlevé par les brigades spéciales et dont le cadavre n'a jamais été retrouvé. Le mouvement des grands-mères de la place de Mai n'en finit pas de rechercher les traces de ces victimes. Les femmes non plus n'étaient pas épargnées, et quand il arrivait qu'une " subversive " soit enceinte, elle était généralement gardée au secret jusqu'à l'accouchement puis éliminée pour que l'enfant soit offert à une famille en mal d'adoption, et bien pensante évidemment. Toute trace d'état civil était soigneusement effacée pour se prémunir contre d'éventuelles recherches ultérieures. C'est toute l'histoire de Luz, née en novembre 1976, la petite-fille du lieutenant colonel Dufau, l'un des plus sinistres bourreaux de ces temps sauvages et qui découvre peu à peu que son histoire familiale est plus compliquée que ce qu'on lui en a raconté. Pour s'être montrés trop curieux, d'autres qu'elle y perdront la vie.

Le roman d'Elsa Osorio est passionnant comme un thriller et bouleversant par son accent de vérité. Ce genre d'histoire réunit évidemment tous les éléments d'un véritable suspense : enlèvements , tortures, filatures, enquêtes mais tous les faits sont avérés. Si l'histoire de Luz est un roman il a pour toile de fond les exactions bien réelles de la dictature argentine. Et comme toujours dans ces cas-là, il n'y a pas seulement les bourreaux et les victimes, il y a entre les deux tous ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas savoir. Comme Eduardo, le père de Luz, totalement soumis à ses beaux-parents, comme Mariana, la mère engoncée dans ses principes ou Miriam, la naïve qui ne s'intéresse qu'à sa carrière et surtout pas à la politique et devient pourtant le personnage déterminant de toute cette affaire. Pour avoir gagné un concours de beauté dans son bled, Miriam est venue à Buenos Aires dans l'espoir d'entamer une carrière de mannequin. Elle se retrouve dans la prostitution de luxe à l'usage des gradés du régime, mais sans états d'âme et sans a priori du moment qu'elle gagne bien sa vie. Et c'est elle, non par conviction politique mais par respect de la dignité humaine qui prendra tous les risques pour faire éclater la vérité, prouvant de ce fait qu'il était difficile d'ignorer ce qui se passait et surtout nécessaire de porter témoignage comme le fait ce roman remarquablement efficace pour que de telles choses ne puissent plus jamais se produire.

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LIBRAIRIE COMPAGNIE


Un homme et une femme sont assis à la table d'un café en Espagne : ce qu'ils vont se révéler va les faire revivre plus de vingt ans de l'histoire de l'Argentine.
Depuis le vol d'enfants et la torture sous la dictature jusqu'aux recherches des Grands-mères de la Place de Mai, l'histoire se confronte aux destins individuels, par le biais d'une narration à plusieurs voix.
L'alternance entre le récit d'alors et la conversation d'aujourd'hui, appuyée par une forte symbolique des mots, joue avec le temps du roman et celui de l'Argentine.
Amitié, amour filial, quête des origines et éveil de la conscience politique sont autant de thèmes bouleversants qu'Elsa Osorio traite avec lucidité et pudeur afin de nous offrir un livre attachant et inoubliable

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ZAZIEWEB


Les Enfants volés d'Argentine
Sous la dictature militaire en Argentine, les enfants des opposants assassinés sont volés par les familles de notables, de policiers et de militaires.
Luz fait partie de ces enfants et découvre la vérité à l'adolescence: retrouver sa véritable identité devient une obsession.
Cette fiction est aussi la réalité de dizaines d'enfants et des grands-parents qui cherchent aujourd'hui à les récupérer. L'auteur a su allier ses qualités de romancière et de journaliste, pour dévoiler un peu plus cette terrible page de l'histoire argentine.

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MAGAZINE LITTERAIRE


Roman populaire ? Thriller politique ? Témoignage ? Née au temps de la dictature d'une mère dissidente, prisonnière à qui l'on vole son enfant à sa naissance, Luz ignore tout de ses origines. Mais arrive le temps des grandes explications : les anciens tortionnaires se repentent à la télévision, les collaborateurs blanchissent leur passé, les maris parlent à leurs femmes et leur avouent que l'enfant qu'elles portaient est mort à la naissance, que celui qu'elles ont élevé n'est pas le leur... Luz a ainsi grandi sans que sa Mère " ait le moindre doute. La jeune femme qui fait le voyage de Buenos Aires à Madrid pour rencontrer Carlos, son père génétique, dont elle a mis des années à retrouver la trace, vit le dernier épisode d'une histoire douloureuse et terrible.

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